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Avec Franca Rame

LDL – En ce qui concerne les autorisations pour faire jouer vos pièces à l’étranger, vous les donnez facilement ?

FR – Ce qui est dans le contrat, c’est le respect du texte. Et Mme Tolnay, qui est notre agent littéraire, vérifie toutes les traductions. Si la traduction est une adaptation, la plupart du temps on n’autorise pas, à part si c’est des jeunes, des étudiants qui font des choses pour un public restreint. Mais si c’est une compagnie importante, la première chose, c’est respecter le texte.

Je suis allée au festival d’Edimbourg, je ne savais pas qu’il y avait au programme Quasi per caso una donna : Elisabetta. Je me promène là, un matin, je vois deux acteurs en costume et je dis « Ceux-là, ils font un texte à nous. » Là mon mari a toujours peur, il dit « Mon Dieu mon Dieu, mais comment tu fais pour deviner ces choses ? » Et effectivement, il y avait Mario Pirovano avec moi, il les arrête et ils disent « Oui oui, on joue ce soir ». Je suis allée au théâtre. Il y avait plein d’Italiens, parce qu’ils ont vu que c’était un texte de Dario Fo, ils étaient curieux, certains avaient vu le texte en Italie. Pendant le premier entracte je dis à Mario « Traduis lentement et à voix haute et bien claire ». La pauvre Elisabeth était une fille qui devait avoir 22 ans, et donc c’est disproportionné, parce que la reine Elisabeth, au pire elle avait au moins 50 ans, par exemple. Et donc ça faisait déjà un déséquilibre. En plus, le metteur en scène l’obligeait à parler avec cette voix [imite une voix de crécelle]. Je lui ai dit « Pourquoi cette voix ? Pourquoi est-ce que vous prenez cette voix ? ». Cette pauvre fille était complètement paniquée. « Vous ne devez pas avoir peur parce que je suis là. Ce metteur en scène doit être un fou. » Et puis il y avait d’autres choses inconcevables. J’ai dit « Je suis vraiment désolée, mais c’est la dernière représentation que vous faites. Demain, je ne vous donne plus l’autorisation. Parce que vous ne pouvez pas prendre un texte d’un auteur comme Dario et lui manquer de respect. Manquer de respect à votre reine, parce qu’elle passe pour une couillonne, la reine Elisabeth mère. Et vous manquez de respect aussi parce qu’il y a un auteur qu’il faut respecter. » Et j’ai retiré le texte. Ça peut arriver aussi.

LDL (effrayée) – Mais vous n’allez pas toujours voir les spectacles.

FR – On y va volontiers. On a vu à la Comédie-Française cet horrible Mistero buffo. Quelle honte ! Mais ensuite on a appris des choses, parce qu’elle, ce metteur en scène, elle fait de la politique, et elle a été mise là à la Comédie parce qu’elle compte en politique, elle est soutenue par les politiques. Ce Mistero buffo, c’est une honte, mais une honte pour elle. Tu vois le morceau, celui du lancer de caca, comment s’appelle-t-il ?

LDL – Il tumulto di Bologna.

FR – Pour Il tumulto di Bologna, j’ai envoyé à Valeria Tasca toutes les corrections du nouveau texte qui manquaient. Le problème, c’est que Valeria Tasca est très malade et malheureusement elle ne se rappelle pas bien. J’ai surligné dans le texte italien tout ce qui manquait, et ça n’a servi à rien, elle [Mayette] n’en a rien eu à faire. Quand nous avons dit qu’il fallait qu’on se voie, parce qu’on ne donnerait pas l’autorisation pour la reprise, elle l’a retiré du programme, et bonsoir.

LDL – Il tumulto di Bologna, effectivement, c’était le moins réussi.

FR – Un scandale ! Pas un seul rire ! Je ne sais pas, ce Christ qui passe sur sa croix, il passe à pied et puis il passe sur sa croix, mais qu’est-ce que c’est que ces visions qu’elle a eues ? De mauvaises visions. C’est Tolnay qui a donné l’autorisation, mais on a demandé le texte. Quand on a vu le texte, on est sorti de nos gonds. On l’a rencontrée, cette crapule, on était avec Felice Cappa et sa femme qui parle aussi bien français qu’italien, et Dario a fait tous ses commentaires, mais pas comme un salaud, vraiment avec plaisir. Et elle, elle faisait Oui oui, oui oui. Elle n’a rien fait. Finalement elle l’a retiré du programme. Mais elle a compris qu’on ne donnerait pas l’autorisation pour le refaire. Alors que c’était plein, malgré tout.

LDL – Oui, mais à sa décharge, il faut dire que faire entrer Mistero buffo au répertoire de la Comédie-Française, c’était quand même…

FR – … quelque chose d’important, d’accord. Mais il aurait mieux valu le faire mieux, non ? Je veux dire : Dario, tout seul, il fait deux heures de spectacle, et les gens en redemandent. Ce spectacle qui n’en finissait plus, merde, d’un ennui ! Je l’ai trouvé vraiment mauvais.

Laetitia Dumont-Lewi
Laetitia Dumont-Lewi

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Laetitia Dumont-Lewi (8 février 2021). Avec Franca Rame. Recherches sur Dario Fo et Franca Rame. Consulté le 13 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/ngwh


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