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Avec Dario Fo

LDL – Vous pensez donc que même en 1970, le public qui venait voir Morte accidentale di un anarchico ne connaissait pas l’histoire avant de venir voir le spectacle ?

DF – Il la connaissait, mais pas de façon aussi approfondie. Parce que tout ce que nous racontions était vrai. Je prenais des passages de l’accusation, qui était en train de sortir, des choses qui n’avaient pas encore été dites, parce que c’étaient des avocats avec nous qui nous les passaient sous le manteau. Il y a eu un moment où a débuté le procès contre Lotta continua, parce que Lotta continua disait qu’il fallait savoir certaines choses, le mouvement a réussi à faire déterrer Pinelli pour voir comment ses os étaient faits, et on a découvert qu’il avait été frappé à la nuque, et qu’au moment où ils l’ont jeté il était déjà foutu, en agonie. Le procès avait lieu presque tous les jours, nous jouions à 20h ou 21h, ils arrivaient à 17h quand le procès se terminait, et ils nous donnaient les dernières indications, les dernières choses qui étaient sorties, les dernières scènes du procès, les contradictions des policiers, les faits nouveaux, quand le juge s’était énervé contre le policier. Et on l’insérait. Tu vois comme c’était vivant. Les gens venaient au théâtre, le jour suivant ils lisaient le journal ce que nous avions dit. C’était énorme. Ça aussi c’était un gros avantage, pour nous.

LDL – Donc vous concevez le théâtre comme un moyen d’information, pédagogique ?

DF – Bien sûr, j’ai toujours dit que le théâtre est le plus grand moyen d’information qui existe. Et de pédagogie. Connaître et savoir, dans une forme ironique, c’est ce qui fait découvrir le truc, comme le masque, en somme. L’avantage du masque, c’est qu’il entre dans les consciences, parce qu’il est absurde, parce qu’il n’est pas la norme. On arrive à prendre les choses dans une dimension renversée.

LDL – Donc ce renversement du grotesque serait ce qui distingue le théâtre du meeting ?

DF – Voilà. Et vraiment on ne pouvait jamais dire que notre théâtre était du meeting. Parce que nous dépassions cette perspective.

Laetitia Dumont-Lewi
Laetitia Dumont-Lewi

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Laetitia Dumont-Lewi (8 février 2021). Avec Dario Fo. Recherches sur Dario Fo et Franca Rame. Consulté le 11 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/ngwg


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