Avec Dario Fo
LDL – C’est quelque chose dont je voulais vous parler : je sais que les traductions françaises des textes en grommelot ou en pseudo-dialecte sont toutes faites dans un français français.
DF – Avant tout, il faut bien expliquer que ce n’est pas du dialecte, c’est un mélange. Il faut avoir une grande culture en italien mais aussi en français, pour essayer de retrouver quelque chose. Les Italiens sont stupides, quand ils traduisent Molière, ils tombent sur des dialectes français et ils les traduisent en italien. Moi, par exemple, j’ai travaillé avec Delia Gambelli, qui m’a invité à écrire les parties en dialecte des paysans du Dom Juan. Pourquoi ? Parce que Molière invente un langage, on comprend très bien que ce n’est pas un dialecte réel, qu’il est recomposé, qu’il y a des sons qui y ressemblent et que de fait il est allégé des termes difficiles pour devenir du grommelot. Il utilise les onomatopées de façon extraordinaire, la gestuelle, etc.
Mais eux [à la Comédie-Française] ont tout supprimé, et ils ont aussi ôté la poésie, surtout, ils ont supprimé la magie qu’il y avait dans le texte original. Je ne dis pas ça parce que c’est moi qui l’ai écrit, je le dis parce que j’ai utilisé la magie de la tradition populaire. Les fabliaux ont une valeur énorme dans la culture populaire de toute l’Europe, ils ont été fondamentaux. L’un des textes les plus importants dont s’est servi Boccace est justement le fabliau. J’ai retrouvé moi-même des histoires qui proviennent des fabliaux et qu’on ne trouvait pas en Italie. Boccace connaissait ça, et puis comme il était obligé de vivre avec la cour de France, en Espagne, il connaissait bien le français de l’époque, il connaissait aussi les formes populaires.
Ça a été vraiment douloureux. Ils m’ont même escroqué, ils m’ont dit qu’ils me demanderaient mes services. Moi je me proposais volontiers d’arranger le texte pour le rendre plus direct, mais je crains qu’ils n’aient préféré interrompre plutôt que de remettre le texte entre mes mains. Après la première année, ils n’ont plus redonné le spectacle, parce qu’ils ne voulaient pas proposer un texte différent, un langage différent.
LDL – Je dois dire que d’après moi, certains acteurs étaient très bons, et qu’il y avait une des deux versions qui était meilleure que l’autre.
DF – Ah oui, il y avait deux groupes. Ça, je ne l’ai pas bien compris, je n’arrivais pas à comprendre tout ce qu’ils disaient.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Laetitia Dumont-Lewi (8 février 2021). Avec Dario Fo. Recherches sur Dario Fo et Franca Rame. Consulté le 11 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/ngwg
