Avec Dario Fo
DF – Et tu as vu le spectacle à la Comédie-Française ? Je n’étais pas très content. Mais est-ce que ça a eu du succès, je veux dire en termes de public ? Les gens sont venus, mais il y en a beaucoup qui étaient déçus, surtout ceux qui connaissaient déjà Mistero buffo, la version originale.
LDL – Oui, mais ça ne concerne que les Italiens, une toute petite partie du public.
DF – Non, pas seulement les Italiens, parce que je l’ai joué pendant une année entière à Paris.
LDL – D’accord, mais c’était en 1974, donc depuis le public est un peu…
DF – Mort ?
LDL – Non, changé.
DF – Qu’est-ce que tu enseignes ?
LDL – Les études théâtrales, l’histoire du théâtre, l’analyse de spectacles.
DF – Et depuis combien de temps est-ce que tu nous connais, quel âge as-tu ?
LDL – 28 ans.
DF – Ah, mais tu es très jeune ! Et ça fait combien de temps que tu enseignes ?
LDL – Ça fait deux ans.
DF – Au tout début, donc. J’aime beaucoup cette disponibilité des Français à accueillir, à se renouveler, c’est bien. De temps en temps il y a des blocages sur des lieux communs, mais par exemple quand j’ai travaillé pendant plusieurs mois pour la Comédie-Française, c’était formidable de travailler avec ces gens, ils avaient un grand courage. Je me souviens qu’il y avait une grande actrice, je ne sais pas si elle y travaille encore…
LDL – Catherine Hiegel ?
DF – Voilà.
LDL – Elle s’est fait chasser l’année dernière.
DF – Comment ça chasser ?
LDL – C’est comme ça que ça fonctionne, à la Comédie-Française, ils se chassent les uns les autres, c’est-à-dire qu’ils votent, « Qui est-ce qui sort cette année ? », et l’an dernier c’est elle qui a été mise dehors.
DF – Ah, parce qu’il faut toujours faire sortir quelqu’un pour en faire entrer un autre ?
LDL – Non, pas forcément.
DF – Mais maintenant, c’est toujours la même directrice qu’avant ?
LDL – Oui, Muriel Mayette.
DF – Elle est horrible, elle. Tu t’es rendu compte des traductions toutes fausses, de la destruction qu’ils ont faite ? Elle n’a pas voulu nous faire vérifier les textes, ils ont mis le nez dedans, ils y ont mis des choses qui n’avaient rien à voir.
LDL – Pour les traductions, ils ont repris celles qui existaient déjà.
DF – Oui, mais ce n’est pas le problème… à part qu’ils auraient dû suivre les variantes, mais surtout elles sont molles, elles n’ont pas d’agressivité. Ce sont de belles traductions, bien écrites, mais déjà il n’y a pas de dialecte, mais ce n’est pas une raison : ailleurs, avec des traductions anglaises, allemandes, il y eu de gros succès.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Laetitia Dumont-Lewi (8 février 2021). Avec Dario Fo. Recherches sur Dario Fo et Franca Rame. Consulté le 11 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/ngwg
