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Avec Dario Fo

LDL – Le fait de faire venir le public sur scène, vous le faites quand vous êtes seuls en scène, pas quand c’est une comédie à plusieurs comédiens.

DF – Dans certains cas, nous avons fait venir les gens sur les côtés, même quand il y avait des décors, bien entendu en évitant que des objets ne leur tombent dessus. Par exemple, Morte accidentale a commencé dans la tradition, avec le public en-dessous et nous au-dessus. Et puis petit à petit, il n’y avait pas de place, donc ils venaient sur les côtés, et puis ils se déplaçaient quand il y avait des décors, mais ils étaient impliqués. À part que quand nous avons fait ce type de théâtre il y a eu deux moments : quand nous faisions du théâtre satirique dans des théâtres normaux, et quand nous sommes passés au théâtre rénové et surtout complètement en dehors des règles du théâtre normal. L’espace changeait d’une fois à l’autre : on pouvait jouer par exemple dans une église désaffectée. L’acoustique était complètement différente et on changeait aussi les formes du plateau. On construisait le plateau et puis on allait dans un théâtre qui n’était pas un théâtre, par exemple un espace sportif. Le terrain de basket devenait l’endroit où se tenait le public, où se tenait notre structure théâtrale, et puis les gens étaient au-dessus, en dessous, on en est même venus à jouer dans des carrières de pierre, c’étaient presque des théâtres grecs, en plein air, etc.

LDL – Et c’est comme ça que vous avez commencé à utiliser le micro ?

DF – Le micro, on l’a utilisé tout de suite, à cause de la taille des espaces que nous utilisions, et souvent on n’entendait rien, ou alors ça résonnait trop. Alors on mettait des éléments qui absorbaient la voix, des parois de bois avec collées dessus des boîtes à œufs. On voyageait avec ces éléments qu’on pendait au plafond.

Au début, on allait dans des théâtres où on restait pendant un certain nombre de jours. Donc ça valait la peine de construire et d’arranger le travail. Nous avions des théâtres que nous avions loués pour un mois, deux mois, trois mois. À Rome on a même loué un chapiteau pendant six mois de suite. Et puis nous avions aussi d’autres espaces à Bologne, un autre ici, quand nous avons occupé un théâtre qui s’appelait la Palazzina Liberty. Et encore avant, un qui s’appelait il Capannone… Nous avons eu beaucoup de théâtres.

LDL – Je parlais du micro : parce que vous avez continué à l’utiliser…

DF – La première fois que nous avons utilisé les Binson, on venait de les découvrir en Allemagne et nous les avons eus grâce à un ami technicien, qui nous a conseillé d’essayer. Seulement, ça insérait souvent la voix de la police. On jouait avec la police qui entrait dans la scène. Alors nous avons inventé un spectacle qui s’appelait Guerra di popolo in Cile, où on parlait d’un coup d’État. On faisait croire que les voix qui arrivaient étaient authentiques. Les gens étaient habitués à entendre les policiers qui parlaient tandis qu’on se moquait d’eux. Et là, quand nous avons fait ce morceau, nous avons inséré des dialogues entre policiers de différents groupes, de la centrale au policier qui était en voiture, et il en est ressorti une atmosphère incroyable, parce qu’on a vraiment fait croire au public qu’il y avait un début de quelque chose de bizarre, un coup d’État, peut-être, etc. Et puis nous avons même fait entrer le chef de la police de Milan, ou de l’endroit où on jouait, selon là où on était, qui venait arrêter des gens qui étaient dans le théâtre. Qui étaient les organisateurs du spectacle, donc connus par les gens. Et ils étaient à la tête d’organisations culturelles, politiques, donc c’était incroyable. Et ils jouaient avec nous. Personne n’y pensait, pas même leurs parents. Je me souviens d’un père qui est monté sur scène, « Si vous embarquez mon fils, vous devrez m’embarquer moi aussi ». Et la mère : « Moi aussi, moi aussi ! ». Et ils montaient sur scène. Des choses improvisées, incroyables.

Laetitia Dumont-Lewi
Laetitia Dumont-Lewi

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Laetitia Dumont-Lewi (8 février 2021). Avec Dario Fo. Recherches sur Dario Fo et Franca Rame. Consulté le 11 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/ngwg


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